La Culture Nous Rend-elle Plus Humains

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Modèle pour la dissertation(analyse et problématisation, introduction, plan détaillé)La culture nous rend-elle plus humains ?EXEMPLE DE TRAVAILproblématisationPRÉPARATOIREAUBROUILLON :analysedusujetet Il ne faut pas se focaliser uniquement sur les termes « culture » et « humain » mais tenir compte detous les termes de la question (notamment le « nous » un peu énigmatique ). Il ne faut pas non plusréduire le sujet à une simple opposition entre « nature » et « culture ». La question n’est pas : laculture s’oppose-t-elle à la nature ? D’autre part, l’adverbe de quantité « plus » nous invite àinterroger l’influence de la culture sur la nature humaine. En ce sens, il est important de montrer quel’un des présupposés du sujet (et donc l’un des points à interroger lors du développement) estl’existence d’une « nature humaine » qui pourrait, sous l’influence de la culture, se dégrader (endevenant moins humaine) ou s’améliorer (en devenant plus humaine). La culture est ici envisagée, à travers le verbe « rendre », comme un processus. Il ne faut donc pasrestreindre la culture à un ensemble statique de règles valables dans une société mais envisager laculture comme une activité de formation produisant des effets positifs ou négatifs (c’est l’un desenjeux de la question) sur l’homme et sur sa nature.Problématiques possibles :La tension du sujet se situe moins entre deux notions (« culture » et « humain ») qu’entre lesdifférents sens de l’expression « rendre plus humain » :--L’adverbe plus peut d’abord signifier une augmentation (développement quantitatif) laculture permettrait à l’homme d’être davantage humain qu’il ne l’est naturellement Idée implicite : sans la culture, l’homme serait donc un être inachevé, incomplet C’est le 1er sens de l’adjectif humain ce qui appartient en propre à l’hommeMais plus peut également exprimer une amélioration qualitative grâce à la culture,l’homme deviendrait meilleur, la culture permettrait de « moraliser » l’homme C’est d’ailleurs l’un des autres sens de l’adjectif humain « être humain », ce n’est passeulement disposer des qualités qui définissent objectivement l’homme, c’est aussi uneattitude morale (faire preuve d’indulgence, voire de compassion à l’égard des autres).Il y a bien ici tension dans la mesure où le sujet suggère que le développement qui permet à l’hommede développer les compétences qui le définissent et le distinguent de l’animal ne rend pasnécessairement l’homme « meilleur ». Le sujet souligne donc à la fois la nécessité et le dangeréventuel de la culture : sans elle, l’homme ne peut pas développer les capacités objectives quirévèlent son appartenance à l’espèce humaine ; mais, en même temps, la culture peut déshumaniserl’homme, le rendre moins humain, voire « inhumain » ou « barbare »

Si la culture permet à l’homme de devenir proprement humain, ce développements’accompagne-t-il nécessairement d’une amélioration sur le plan moral ?Doit-on définir la culture comme un processus permettant à l’homme de développertoutes les qualités qui le définissent en tant qu’homme ou, au contraire, comme leprocessus ce qui tend à le rendre moins humain voire complètement inhumain ?La culture permet-elle à l’homme d’être simplement humain ou favorise-t-elle en lui lanaissance d’une véritable moralité ?INTRODUCTIONL’adhésion à certaines idéologies ou à certaines valeurs « culturelles » peut justifierdes actes qui visent à nier l’homme dans son humanité (comme l’illustre l’exemple de la« barbarie nazie » ou des génocides). De même les courants « transhumanistes » s’appuientsur les récentes avancées technologiques afin de promouvoir une nouvelle vision de l’homme,celle d’un homme « augmenté », artificialisé et dont les compétences humaines naturelles(réflexion, motricité, perception ) seraient remplacées par des dispositifs techniques plusefficaces. Pour ces deux raisons, il semble nécessaire de se poser la question suivante : laculture nous rend-elle plus humains ?Cette question peut d’abord s’entendre comme l’expression d’un doute à l’égard deseffets bénéfiques de la culture sur l’homme : la culture nous rend-elle réellement plushumains ? En effet, cette question semble suggérer que l’influence de la culture sur l’hommen’est pas uniquement positive, voire qu’elle ne l’est pas du tout. Mais en même temps, cettequestion nous invite à envisager la possibilité que la culture soit réellement un moyen pourl’homme d’améliorer sa nature et de devenir plus humain qu’il ne l’est naturellement. C’estgrâce à la culture, entendue comme processus de transformation d’une nature et nonsimplement comme ensemble statique de règles et de valeurs propres à une société, quel’homme pourrait « cultiver » sa nature. Sans la culture, l’homme ne pourrait pas développerles capacités qui révèlent son appartenance à l’espèce humaine et qui le distinguent des autresanimaux. Mais sans la culture, il ne pourrait pas non plus développer certaines qualitésmorales essentielles, notamment sa capacité à « être humain », c’est-à-dire à « faire preuved’humanité » ou de bienveillance à l’égard des autres. La culture serait alors synonyme, nonpas de régression ou de déperdition, mais de progrès intellectuel et moral. Cette questionsouligne donc à la fois le danger et la nécessité de la culture. Elle peut menacer l’homme dansson humanité (en le rendant moins humain voire inhumain, c’est-à-dire immoral ou barbare)mais elle est aussi ce sans quoi l’homme ne saurait être pleinement un homme. Dès lors, doiton définir la culture comme un processus permettant à l’homme de développer toutes lesqualités qui le définissent en tant qu’homme ou, au contraire, comme ce qui tend à le rendremoins humain, voire complètement inhumain ? L’expression « rendre plus humain » soulignebien cette ambivalence : l’adverbe plus indique-t-il seulement un développement quantitatif(être davantage) ou un changement qualitatif (devenir meilleur) ? En d’autres termes, si laculture permet à l’homme de devenir proprement humain, ce développement s’accompagne-til nécessairement d’une amélioration sur le plan moral ? La problématique que nous pouvonsadopter pour traiter ces questions est la suivante : la culture permet-elle à l’homme d’êtresimplement humain ou favorise-t-elle en lui la naissance d’une véritable moralité ?

Nous verrons ainsi que la culture peut d’abord sembler nécessaire au développementde compétences qui permettent d’humaniser l’homme : elle est ce qui rend l’homme humain(« humain » étant entendu au sens objectif comme révélant l’appartenance d’un individu àl’espèce humaine). Puis, nous nous demanderons si ce processus d’humanisation permetréellement aux hommes d’être « plus humains », c’est-à-dire de développer leur moralité.Enfin, nous chercherons à déterminer les conditions sous lesquelles la culture peut rendrel’homme réellement meilleur.PLAN DÉTAILLÉ (ne sont ici formulées que les idées essentielles et les principaux momentsde l’argumentation) :I.La culture, condition de notre humanité : elle rend l’homme humaina. Contrairement à l’animal qui est déjà pourvu des organes et des capacitésnaturelles nécessaires à sa survie, l’homme a besoin de la culture pour vivre ; eneffet, la culture, entendue comme activité d’appropriation et de modification dela nature, permet à l’homme de transformer son environnement naturel etd’adapter ainsi la réalité extérieure à ses besoins. C’est l’une des fonctionsessentielles du travail et de la technique : grâce à l’usage d’outils adaptés, l’hommefaçonne son propre milieu de vie et devient ainsi « comme maître et possesseur de lanature » (Descartes, Discours de la méthode, 6ième partie).Autre référence utile pour développer cet argument (sur laquelle nous reviendrons à l’occasion ducours sur le travail) : Marx, Le Capital.« Le travail est de prime abord un acte qui se passe entre l’homme et la nature ( ) En même temps qu’il agitpar ce mouvement, sur la nature extérieure et la modifie, il modifie sa propre nature, et développe les facultésqui y sommeillent. »Par son travail, l’homme agit sur la nature et modifie son environnement afin de produire lesressources nécessaires à sa survie, mais il est lui-même modifié par cet environnement modifié,c’est-à-dire par les nouvelles conditions de vie qu’il a lui-même instituées. En d’autres termes, enhumanisant la nature (en la transformant et en se l’appropriant), l’homme s’humanise lui-même. Encultivant la nature, il cultive sa propre nature (i.e. actualise certaines des potentialités inscrites danssa nature).Mais l’homme ne se contente pas d’agir sur la nature extérieure b. La culture (comprise comme éducation) humanise l’homme dans la mesure oùelle le conduit non seulement à maîtriser sa nature (pulsions, réactionsspontanées ) mais aussi à développer positivement les qualités qui font de lui unhomme. C’est, selon Kant, la double fonction de l’éducation. En effet, comme lemontre Kant dans ses Réflexions sur l’éducation, la discipline en tant qu’elle constituela « partie négative » de la culture vise, par l’usage de la contrainte, à domestiquer ouà apprivoiser la nature animale de l’homme en l’empêchant de céder à certainestendances ou d’exprimer certains penchants (à l’agressivité, à l’égoïsme ). La

discipline constitue la condition de toute véritable « instruction » définie par Kantcomme la « partie positive » de l’éducation. C’est grâce à l’instruction que l’hommepeut développer les qualités qui définissent son humanité (habileté, prudence,moralité).Mais c’est parce que l’homme possède une caractéristique spécifiquement humaine qu’il peuts’humaniser et cultiver des qualités dont il ne disposait pas de façon innée c. La condition de cette humanisation de l’homme par la culture réside dans lacapacité proprement humaine à évoluer. Si l’homme peut devenir « plus » humainqu’il ne l’est naturellement, c’est parce qu’il n’est pas figé dans une nature auxcontours bien définis. Autrement dit, la capacité à se rendre plus humain serait l’indiced’une certaine plasticité ou indétermination présente dans l’homme et que Rousseauqualifie de « perfectibilité » (Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalitéparmi les hommes, Ière partie). Ce concept désigne, en effet, la capacité qu’a l’hommede développer, en fonction des circonstances, de nouvelles capacités qu’il ne possédaitpas originairement. Mais comme le souligne Rousseau perfectibilité ne signifie pasnécessairement perfectionnement. Autrement dit, cette capacité de l’homme à changerou évoluer est foncièrement ambivalente et peut s’accomplir dans les deux sens,amélioration ou dégradation. Par conséquent, si l’homme peut devenir « plushumain », il peut aussi devenir « moins humain » Autre référence utile pour développer cet argument : Merleau-Ponty, Phénoménologie de laperception, Ière partie, chapitre 6L’homme se définit par une certaine capacité d’« échappement » qui permet à l’homme de « sedérober à la simplicité de la vie animale ».Transition : la culture semble bien constituer une condition essentielle à l’humanisation del’homme. Elle rend l’homme humain en l’éduquant et en l’aidant à « cultiver » des capacitésqu’il ne possédait pas de façon innée. Mais l’homme cultivé est-il nécessairement meilleur oumoralement bon ?II.La culture permet-elle vraiment de moraliser l’homme ?La culture humanise l’homme mais ne l’aide pas nécessairement à « faire preuved’humanité ».a. Il faut dissocier progrès intellectuel et progrès moral : ce n’est pas parce qu’onest cultivé qu’on est moralisé. Ainsi, dans l’Idée d’une histoire universelle d’un pointde vue cosmopolitique, § 7, Kant dresse le constat suivant : « Nous sommes hautementcultivés par l’art et la science. Nous sommes civilisés jusqu’à en être accablés, pour cequi est de l’urbanité et des bienséances sociales de tous ordres. Mais il s’en faut encorede beaucoup que nous puissions déjà nous tenir pour moralisés. » En d’autres termes,il est nécessaire, selon Kant, de distinguer le fait d’« être civilisé » (i.e. de seconformer à certaines règles de conduites ou de « civilité ») ou « cultivé » (i.e. deposséder un certain nombre de connaissances dans des domaines variés) et l’attitudequi consiste à agir de manière morale en prenant réellement comme fin de nos actions

le bien moral. On peut être civilisé ou raffiné et donner l’apparence d’une certaineforme de moralité (règles de politesse, bienséances) mais sans être vraiment animé pardes intentions morales.Cette indépendance entre progrès intellectuel et progrès moral s’explique peut-être parl’ambivalence qui caractérise le développement culturel de l’homme b. Loin d’être uniquement mélioratif, le passage à la culture peut dégradercertaines des compétences naturelles de l’homme. Dans le Second Discours,Rousseau insiste sur le caractère foncièrement ambivalent du passage à la culture(cette ambivalence de la culture étant elle-même liée à l’ambivalence de la« perfectibilité ») : l’homme ne peut pas acquérir de nouvelles capacités sans perdrecertaines de ses qualités premières naturelles ; il n’y a pas développement de nouvellescompétences sans dégradation. Ainsi, Rousseau montre que le développement del’intelligence, dont les effets directement positifs sont le développement des arts et dessavoirs, s’accompagne d’une perte sur le plan moral puisque l’individu se conduisantuniquement d’après sa raison cesse d’être dans un rapport de compassion naturelle oude pitié à l’égard de ses semblables. La réflexion et l’abstraction rationnellespermettent à l’homme de mettre à distance la souffrance d’autrui et renforcent sonégoïsme (amour-propre).Mais, la culture peut également nous inciter à « déshumaniser » les autres hommes c. L’adhésion à certaines idéologies, croyances ou valeurs culturelles peut nousconduire à nier d’autres hommes dans leur humanité. Dans ce cas, c’est lacroyance en la supériorité de notre culture qui nous conduit à tenir pour barbares ouinhumaines des pratiques culturelles différentes des nôtres (ethnocentrisme).Ré